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 Roms, uniques objets de mon ressentiment…

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Taloche
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MessageSujet: Roms, uniques objets de mon ressentiment…   Dim 29 Aoû - 20:37

Bien qu'un peu long cet article est très intéressant. Si vous trouvez le courage de le lire...


Citation :
Roms, uniques objets de mon ressentiment… (Acte I)

Par Eolas le Samedi 28 août 2010 à 17:49

Le Gouvernement a donc décidé, pour des motifs d’opportunité politique assez évidents sur lesquels je ne m’étendrai pas, ayant assez de choses à dire par ailleurs, de mettre en œuvre une politique d’expulsion, au sens premier du terme : « pousser dehors », les Roms étrangers vivant en France.

Ils sont fous, ces Roms, hein ?

Avant d’aller plus loin, qu’est-ce qu’un Rom ? Rom vient du mot Rrom, en langue romani (l’orthographe a été amputé d’une lettre en français, la double consonne initiale n’existant pas dans cette langue), qui signifie « homme » au sens d’être humain (féminin : Roma ; pluriel : Romané). Il s’agit d’un peuple parti, semble-t-il (la transmission de la culture étant orale chez les Roms, il n’existe pas de source historique fiable, mais tant la langue romani parlée par les Roms que la génétique confirme l’origine géographique indienne), du Nord de l’Inde (Région du Sindh, dans l’actuel Pakistan, et du Penjab pakistanais et indien) aux alentours de l’an 1000 après Jésus-Christ, sans doute pour fuir la société brahmanique de l’Inde qui les rejetait comme intouchables (c’est donc une vieille tradition pour eux que d’être regardés de travers par leur voisin).
Ils sont arrivés en Europe via la Turquie au XIVe siècle, suivant les invasions des Tatars et de Tamerlan, et s’installèrent dans l’Empire byzantin (qui les appelle Ατσίγγανος , Atsinganos, « non touchés », du nom d’une secte pré-islamique disparue, dont les zélotes refusaient le contact physique ; quand les Roms arrivèrent, les byzantins, qu’on a connu plus rigoureux dans leur réflexion, les prirent pour des membres de cette secte), ce qui donnera tsigane, Zigeuner en allemand et Zingaro en italien. Ceci explique que leur foyer historique se situe dans les actuelles Turquie, Roumanie, Bulgarie, pays qui restent les trois principales populations de Roms, et dans les Balkans (ex-Yougoslavie).
Outre des professions liées au spectacle ambulant, les Roms se sont spécialisés dans des professions comme ferronniers et chaudronniers, Γύφτοs, Gyftos, ce qui donnera Gypsies en anglais, Gitano en espagnol, et Gitan et Égyptien en Français (dans Notre Dame de Paris, la Recluse appelle Esmeralda « Égyptienne » ; et Scapin appelle Zerbinette « crue d’Égypte »).
Le roi de Bohême (actuelle république Tchèque) leur accordera au XVe siècle un passeport facilitant leur circulation en Europe, d’où leur nom de Bohémiens. De même, le Pape leur accordera sa protection (Benoît XVI est donc une fois de plus un grand conservateur) Leur arrivée en France est attestée à Paris en 1427 par le Journal d’un Bourgeois de Paris (qui leur fit très bon accueil) — C’est d’ailleurs à cette époque que se situe l’action du roman d’Hugo Notre Dame de Paris.
Pour en finir avec les différents noms qu’on leur donne, Romanichel vient du romani Romani Çel, « groupe d’hommes », Manouche semble venir du sanskrit manusha, « homme », soit le mot Rrom en romani, et Sinti semble venir du mot Sind, la rivière qui a donné son nom à la province du Sindh dont sont originaires les Roms. Sinti et Manouche désignent la même population rom établie dans les pays germanophones et presque intégralement exterminés lors de la Seconde guerre mondiale C’est pourquoi le mot Tsigane, évoquant l’allemand Zigeuner, d’où le Z tatoué sur les prisonniers roms, est considéré comme blessant aujourd’hui .
Il convient ici de rappeler que les Roms ont été, aux côtés des Juifs, les cibles prioritaires de la politique d’extermination nazie. Le nombre de victimes du génocide, que les Roms appellent Samudaripen (« meurtre collectif total »), se situe aux alentours de 500 000, avec pour les Sinti allemands entre 90 et 95% de morts.
Ces mots peuvent être utilisés indifféremment pour désigner les Roms, encore que les siècles d’installation dans des pays différents ont fait apparaître des différences culturelles profondes. Même la langue romani n’est plus un dénominateur commun, puisque les Roms d’Espagne et du sud de la France, les Gitans, parlent le kalo, un sabir mâtiné d’espagnol, depuis qu’une loi espagnole punissait de la mutilation de la langue le fait de parler romani (les espagnols ont un atavisme profond avec les langues, mais c’est un autre sujet).
En 1971 s’est tenu à Londres le Congrès de l’Union Rom Internationale (IRU) qui a adopté le terme de « Rom » pour désigner toutes les populations du peuple rom, d’où l’usage de ce terme dans ce billet (ce que les gitans refusent, eux se disent kalé). Le mot rom ne vient donc absolument pas de Roumanie, ni de Rome, bien que ce peuple se soit installé en Roumanie et auparavant dans l’Empire romain d’Orient.
Je ne puis conclure ce paragraphe sans vous inviter à lire les commentaires de cet article, où je ne doute pas que des lecteurs plus érudits que moi apporteront de précieuses précisions ou, le cas échéant, rectifications.

Tous les chemins mènent aux Roms

Les Gens du voyage sont-ils des Roms ? En un mot, non. Le nomadisme n’est pas une tradition chez les Roms, mais une nécessité historique. Aujourd’hui , entre 2 et 4% des Roms sont du voyage, c’est-à-dire ont fait le choix d’une vie nomade. Et beaucoup de gens du voyage ne sont pas roms, comme les Yéniches, que l’on prend souvent pour des Roms. Les forains sont aussi nomades, mais du fait de leur profession, et pour la plupart ne sont pas Roms. Et si demain, il vous prenait la fantaisie de vivre une vie nomade, vous deviendriez aussitôt Gens du Voyage, sans pour autant devenir Rom (sauf aux yeux des lecteurs du Figaro). Un abus de langage est apparu du fait que la Constitution française interdit toute distinction sur une base ethnique. Le terme de Gens du Voyage, neutre de ce point de vue, est souvent employé aux lieu et place du mot Rom. Or ce ne sont pas des synonymes.
Ce qui d’emblée montre que le problème des occupations illégales de terrains, publics ou privés, par des Roms ne vient pas uniquement du fait que la loi Besson (pas Éric, non, celui qui est resté de gauche, Louis) du 5 juillet 2000, qui oblige les communes de plus de 5000 habitants à prévoir des aires d’accueil, est allègrement ignorée par la majorité des maires.
Quand un Rom viole la loi, c’est mal. Quand l’État viole la loi, c’est la France. Laissez tomber, c’est de l’identité nationale, vous ne pouvez pas comprendre.
La majorité des Roms en France sont Français, et leur famille l’est même depuis plusieurs siècles. Les Roms ont de tout temps adopté le style de vie des pays où ils se sont installés, jusqu’à la religion (ils sont catholiques en France, protestants en Allemagne, musulmans en Turquie et dans les Balkans), et il ne viendrait pas à l’idée d’un Rom de donner à ses enfants un prénom qui ne soit pas du pays où il nait (lire les prénoms des enfants d’une famille rom permet parfois de retracer leur pérégrination ; exemple : Dragan, Mikos, Giuseppe, Jean-Pierre). Cela ne les empêche pas de garder vivace la tradition rom, à commencer par la langue romani, et l’importance primordiale de la famille élargie (la solidarité n’est pas un vain mot chez les Roms). Il est d’ailleurs parfaitement possible qu’un de vos collègues de travail soit Rom et que vous ne l’ayez jamais soupçonné.
Naturellement, ces Roms ne sont pas personnellement menacés par la politique actuelle, même s’il est probable qu’ils la vivent assez mal.
Les Roms étrangers sont donc quant à eux des migrants qui veulent une maison qui ne bouge pas, et habitent des habitations de fortune, triste résurgence des bidonvilles. Ils viennent de pays qui ont toujours refusé l’intégration des Roms, en faisant des parias dans leur propre pays. Même si l’intégration à l’UE de ces pays a conduit à un changement total de politique, les états d’esprit, eux n’ont pas changé, et le rejet répond hélas souvent au rejet. Certains Roms se sont sédentarisés et tant bien que mal intégrés, comme les Kalderashs (du roumain Căldăraşi, chaudronniers, habiles travailleurs du métal, en particulier du cuivre) ; d’autres, comme les nomades, forment une société fermée et hostile aux gadjé — aux non-Roms. La plupart des Roms de Roumanie qui viennent en France sont des kalderashs, et non des nomades, fuyant la misère et le rejet dont ils font l’objet dans leur pays. Donc, pas des gens du voyage.
Les roms des Balkans (ils sont nombreux en Serbie et au Kosovo) fuient eux aussi la misère, même si certains demandent l’asile (très peu l’obtiennent) prétendant faire l’objet de persécutions. Il faut reconnaître que lors de la guerre du Kosovo en 1999, des Roms ont été recrutés par les troupes serbes pour se livrer à des opérations militaires de nature à intéresser le tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie (TPIY), et se sont acquittés de cette tâche avec un zèle qui n’a pas laissé de très bons souvenirs auprès des populations kosovares (j’entends par là : albanais du Kosovo).

Des Roms, des stats et de la bière nom de Dieu

Une question se pose, et je ne tiens pas à l’éluder : celle des Roms et de la délinquance. Le lien est certain, les chiffres ne mentent pas. Partout en Europe, les Roms sont bien plus victimes de la délinquance que les autres populations. Destructions de biens, agressions racistes, sur lesquelles les autorités ferment bien volontiers les yeux, d’autant plus que les Roms, on se demande pourquoi, ont développé à leur encontre une certaine méfiance, quand ce ne sont pas des pogroms. Sans compter les crimes contre l’humanité subis par ce peuple, que ce soit le génocide nazi ou la réduction en esclavage en Valachie et en Moldavie —oui, des esclaves en Europe— jusqu’à la seconde moitié du XIXe siècle.
Ce n’est pas une boutade, c’est une réalité : la délinquance, les Roms en sont d’abord victimes. On a déjà vu que même en France, État de droit imparfait mais État de droit, l’État ne respecte pas la loi Besson. Vous verrez dans la suite de ce billet qu’au moment où je vous parle, il fait encore pire à leur encontre puisque la politique d’expulsion mise en œuvre est illégale. Ce n’est pas moi qui le dis, ce sont les juges administratifs. [url/http://europa.eu/rapid/pressReleasesAction.do?reference=MEMO/10/384&format=HTML&aged=0&language=FR&guiLanguage=en]L’Union européenne l’a remarqué[/url]. Le Conseil de l’Europe l’a remarqué. L’ONU l’a remarqué. Le Pape l’a remarqué. L’UMP n’a rien remarqué.
Mais n’esquivons pas la question de la délinquance de Roms. De Roms, pas DES Roms. Elle existe, c’est indéniable, ne serait-ce du fait qu’aucun groupe humain n’est épargné. Est-elle plus élevée que dans les autres groupes sociaux ? C’est probable.
Évacuons rapidement une question sur laquelle je reviendrai dans le prochain billet : l’occupation sans droit ni titres de terrains publics ou privés. Il ne s’agit pas de délinquance, puisqu’au pire (occupation d’un terrain public), ces faits sont punis d’une contravention de grande voirie.
Les causes premières de la délinquance, au-delà du mécanisme intime et personnel du passage à l’acte, qui fonde la personnalisation de la peine, sont la pauvreté (liée au chômage ou à la précarité de l’emploi ; un CDD est aussi rare dans une audience correctionnelle que la vérité dans la bouche d’Éric Besson), l’exclusion (qu’entraîne mécaniquement le fait d’être sans-papier, notamment), le faible niveau d’instruction (qui empêche d’accéder aux professions rémunératrices), outre le fait que la délinquance concerne surtout des populations jeunes (le premier enfant a un effet remarquable sur la récidive).
Vous avez remarqué ? Je ne viens pas de vous dresser un portrait du jeune versaillais. Plutôt celui du jeune Rom des terrains vagues. Ou du jeune des cités, soit dit en passant pour la prochaine fois ou on tapera sur eux. À vous de voir avec votre conscience si vous voulez y ajouter une composante génétique.
Parce qu’aucune statistique n’existe sur la délinquance des Roms. Aucune. Tout simplement parce que ce serait interdit : Rom est une origine ethnique, or la loi prohibe la constitution de fichier sur des bases ethniques ou raciales — suite à un précédent quelque peu fâcheux.
Donc quand le ministre de l’intérieur Brice Hortefeux, que l’on a connu plus méticuleux en matière d’arithmétique ethnique, prétend présenter des [url=http://www.leparisien.fr/politique/hortefeux-devoile-des-statistiques-inedites-sur-la-delinquance-des-roms-25-08-2010-1042429.php]statistiques de la délinquance des Roms[url] pour justifier la politique du Gouvernement, il ment. Je sais, ça devient une tradition de ce Gouvernement, mais que voulez-vous, je n’arrive pas à m’y faire. Quelqu’un, je ne sais plus qui, m’a mis dans la tête l’idée saugrenue de République exemplaire, du coup, je fais un blocage.
Le ministre de l’intérieur a cru devoir présenter publiquement (sur RTL) le 25 août des statistiques fondées sur « une étude des services de police », non sur l’origine ethnique, interdite, mais sur la nationalité du délinquant, roumaine en l’occurrence.
Mes lecteurs ayant suivi jusqu’ici ont déjà compris l’inanité de l’affirmation. Rom ne veut pas dire Roumain, et le ministre joue ici sur la ressemblance des termes, et l’inculture de son auditoire. Mes lecteurs sachant faire la différence entre un mot sanskrit et un mot latin, je ne m’attarderai pas sur ce stratagème grossier, qui ne trompera que qui veut être trompé.
De plus, les services de police, même si on leur fait perdre un temps précieux depuis des années à collectionner des statistiques inutiles hormis à la communication gouvernementale, ne sont pas un service de statistique. La méthode de récolement des données n’a rien de scientifique et n’a jamais eu la prétention de l’être. Elle repose sur les délits constatés ou dénoncés, ayant donné lieu à élucidation. Donc préalablement à enquête. Or la distribution des effectifs et des moyens (limités, et de plus en plus du fait de ce même Gouvernement) dépend pour l’essentiel des directives données par ce même Gouvernement.
Je m’explique. Le Gouvernement estime que l’opinion publique, qu’il confond hélas trop volontiers avec le peuple souverain, est particulièrement remontée contre les vols à la tire (les pickpockets) ou à l’arraché (qui en est une variante un peu plus bourrin) dans les transports en commun. Le ministre de l’intérieur va demander aux forces de police de mettre la pression contre cette délinquance. Le commissaire de police va recevoir cette instruction et va redistribuer ses effectifs, qui préalablement luttaient contre les violences faites aux personnes, sur les voleurs du métro. Mécaniquement, le nombre d’interpellation pour des faits de violence va baisser. Les policiers interviendront toujours lors d’une bagarre, mais n’arrêteront personne pour des faits de violences légères, puisque leur mission est de surveiller les voleurs à la tire. Un délit constaté de moins = baisse de la statistique correspondante, sans que la réalité n’ait changé en quoi que ce soit. En revanche, plus de voleurs à la tire seront arrêtés (car la police reste malgré tout plutôt efficace dans son boulot). Augmentation de la statistique, sans lien avec l’évolution de la réalité. Voilà la méthodologie qui préside à la confection de ces statistiques.
C’est pourquoi le ministre peut proclamer des chiffres aussi aberrants, et sans hélas faire tiquer qui que ce soit, qu’une augmentation de 138% en un an de la délinquance roumaine. Personne ne fait le lien avec une autre donnée, qui indique que 13,65% des auteurs de ces vols seraient Roumains (sous-entendu : Roms). C’est-à-dire que 13,65% des délinquants sont responsables d’une augmentation de 138% des délits. Qui a dit que les Roms étaient des feignants ?
D’autant plus que pour fréquenter un peu les prétoires parisiens, je suis assez bien placé pour savoir qu’il existe aussi une délinquance roumaine non-rom, assez active ces derniers mois, dite de l’escroquerie aux « Yes-card ». Une Yes-card est une fausse carte de crédit qui, quel que soit le code que vous tapez, renvoie toujours une réponse positive au lecteur, faisant croire que la banque a accepté la transaction. Des Roumains achètent ainsi des vêtements de marque et des parfums, et vont les revendre à Bucarest. C’est une atteinte aux biens, commise par des Roumains, mais pas par des Roms. Sauf dans les statistiques de M. Hortefeux.
Brisons là, ce billet mérite je pense d’être soumis à vos commentaires. Le deuxième volet sera centré sur le droit des étrangers et portera sur les mesures actuelles d’expulsion, pour lesquelles le Gouvernement use selon les cas de deux méthodes : soit violer la loi, soit se payer votre tête.
Et fort cher, si ça peut vous consoler.
http://www.maitre-eolas.fr/post/2010/08/28/Roms%2C-uniques-objets-de-mon-ressentiment%E2%80%A6-%28Acte-I%29
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Raphaël
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MessageSujet: Re: Roms, uniques objets de mon ressentiment…   Lun 30 Aoû - 8:02

Il y aussi un article dans le télérama très complet, je le colle ici. Il est vrai que les médias ne nous ont jamais parlé de leur Histoire ! :

http://www.telerama.fr/idees/qui-connait-vraiment-les-roms,59347.php
Les Roms, ces boucs émissaires

LE FIL IDéES
- Confusion,
stigmatisation : la méconnaissance des Roms et des gens du voyage mène à
tous les excès, à l'image de la nauséabonde politique d'expulsion menée
actuellement par le gouvernement. Afin de mieux connaitre l'histoire de
ce peuple souvent rejeté, nous avons rencontré Marcel Courthiade,
professeur de langue et de civilisation romani. Il nous offre un
éclairage précieux… et civique.





Expulsion d'un camp de Roms par les forces de l'ordre, le 10 août 2010 à Montpellier. - © PhotoPQR / Le Midi Libre / R. Dehullessen






L'insulte à la République
Stigmatiser une des communautés qui composent la France,
qu'elle soit culturelle ou ethnique, religieuse ou linguistique, est
impardonnable. D'abord, parce que la France s'enorgueillit, dans ses
textes fondateurs, de ne pas distinguer entre ses citoyens lorsqu'il
s'agit d'appliquer la loi. Ensuite, parce que notre pays a montré par le
passé, malheureusement, qu'il pouvait s'asseoir sur ce principe. Du
coup, quand Nicolas Sarkozy dénonce, après avoir pesé ses mots, les «
comportements de certains Roms et gens du voyage », et organise dans la
foulée une spectaculaire politique d'expulsion de Roms étrangers, il ne
se contente pas de déraper : il flétrit l'esprit et la lettre des
valeurs qu'il est censé incarner, par sa fonction. Et ravive de mauvais
souvenirs. Depuis des siècles, les Roms connaissent le racisme ou la
persécution. Sédentaires ou « gens du voyage », français depuis quatre
cents ans ou fraîchement venus d'ailleurs, ils payent cash la profonde
méconnaissance de leur culture par l'Etat, et par le reste de la
population, qui n'a d'ailleurs, il faut le souligner, pas mordu à
l'hameçon du président. Mais qui connaît les Roms, vraiment ? Ni
meilleurs, ni moins bons que les autres, ils endossent, bien plus que
d'autres, le triste manteau du bouc émissaire. Apprendre à les
connaître, c'est déjà arracher ce manteau de leurs épaules, empêcher les
amalgames et même... l'injure à la République.
O. P.-M.
Les Roms
Il s'agit à l'origine d'une
population citadine de la moyenne vallée du Gange, en Inde, déportée en
1018 en direction de l'Afghanistan parce que les Afghans avaient besoin
de leurs compétences d'artistes et d'artisans. Plus tard, les Roms (1)
participent à la grande avancée militaire des tribus seldjoukides (qui
ont donné naissance aux Turcs), les conduisant en Asie Mineure – avant
de poursuivre leur avancée dans les Balkans et le reste de l'Europe de
l'Ouest, au XIVe siècle. « Rom » est le nom par lequel ce peuple se
désigne depuis toujours en langue romani : il provient d'un mot sanskrit
qui signifie « artiste, artisan ».
Ils seraient aujourd'hui entre 10 et 12 millions sur
notre continent, et 3 millions en Amérique, liés par une origine, une
langue et une vision du monde en grande partie communes. La première
population rom arrive en France vers 1420, et son histoire est marquée,
dès 1500, par la persécution. Au début du XXe siècle, ceux qu'on appelle
alors les « bohémiens » sont entre 50 000 et 100 000 sur le territoire.
La Constitution française ne permettant pas de persécuter des citoyens
sur une base ethnique, les autorités transforment, par un tour de
passe-passe lexical, cette communauté « bohémienne » en « nomades »,
c'est-à-dire en délinquants potentiels pour lesquels on crée un « carnet
anthropométrique » à faire viser chaque semaine, comme les repris de
justice. Le terme technique et administratif de « nomades », qui va
désigner les Roms à partir de 1912, est absurde : d'abord, une minorité
de « bohémiens » seulement était alors mobile. Ensuite, les ­nomades
désignent déjà, à l'époque, les bergers qui font la transhu­mance. On
amalgamait donc à la fois des Roms et des populations d'origine
française – normande, auvergnate, germanique ou autre.

On recense un demi-million de Roms en France.
15% seulement des Roms français sont mobiles.

« Rom » recouvre donc une identité culturelle,
historique et patrimoniale. « Nomades » (puis « gens du voyage » après
guerre) est une catégorie administrative. On recense un demi-million de
Roms en France (chiffre déclaré à la Commission européenne par l'actuel
gouvernement, en 2008), mais 50 % seulement des gens du voyage sont
roms. Et 15 % seulement des Roms français sont mobiles. Cette mobilité
est d'ailleurs une spécificité hexago­nale, puisque 2 % seulement des
Roms européens sont itinérants, ce qui ne les empêche pas de la
consi­dérer, avec fierté, comme partie intégrante de leur patrimoine
culturel : ils ont adopté cette mobilité, la revendiquent désormais
comme leur richesse face à l'uniformi­sation des modes de vie. Rappelons
d'ail­leurs que cette singularité est un droit, reconnu par l'article
13 de la Déclaration universelle des droits de l'homme...
Lorsqu'une population est inculte ou acculturée, sa
langue disparaît en quelques générations. Le romani, apparenté à
l'hindi, existe, lui, depuis plus de mille ans !, et reste une langue
bien vivante, alors que notre pays, comme le savent hélas les Bretons et
les Provençaux, a passé tous ses parlers régionaux à la mouli­nette
jacobine. Il existe une littérature romani, qui date de la fin du XIXe
siècle, et qui s'est enrichie de façon tout à fait singulière en Union
soviétique entre les deux guerres – avec de la prose courte très
savoureuse et un peu de poésie, puis, après guerre, par de la poésie en
Yougoslavie, Hongrie et Tchécoslovaquie.
En matière religieuse, on parlera de « spiritualité
rom » plutôt que de religion fixe ou de dogmes. Les Roms ont développé
des schémas matriciels sur lesquels différentes religions peuvent se
greffer. Passer du polythéisme indien à l'islam, de l'islam à
l'orthodoxie, puis au protestantisme ou au catholicisme fervent, ne leur
a guère posé de dif­ficultés. Tout le contraire, donc, de l'enfermement
religieux, même si on constate aujourd'hui le succès d'un évangélisme
strict au sein de certaines communautés.
On reproche parfois aux Roms de vivre repliés sur
eux-mêmes, d'avoir une culture fermée au monde extérieur. C'est un
stéréotype : tous les cas de figure existent, d'un bout de l'Europe à
l'autre. Dans les régions monolithiques sur le plan culturel, comme les
Carpates, les communautés vivent plutôt refermées sur elles-mêmes – et
les Roms n'échappent pas à la règle. Là où les échanges territoriaux
sont plus nombreux, en revanche, comme dans les Bal­kans, l'osmose avec
les autres populations est permanente, mais rien dans la culture rom ne
s'oppose à la rencontre et à la mixité, y compris dans les mariages :
ainsi, un père gitan aura beau répéter que sa fille n'épousera jamais un
gadjo (et les parents ont une réelle emprise sur leurs enfants, car la
cohésion familiale reste forte dans cette communauté), un mariage mixte
qui se passe bien est une fierté !
Itinérance
Il est impossible de savoir combien de gens du
voyage circulent en France, car les statistiques ethniques sont
interdites. Mais on parle de 50 000 à 100 000 personnes. Les convois se
forment en fonction des circonstances – les opportunités de travail, de
commerce (les marchés), les menaces d'expulsion, la taille des aires de
stationnement disponibles (et elles représentent 30 % de ce que la loi
exige !) ou les pèlerinages –, et le nombre de voitures dans chaque
convoi ne suit pas de règle a priori. On constate en revanche la
répétition de certains modèles dans l'espace parcouru – les gens du
voyage tournent souvent à l'intérieur d'un seul département – et dans la
fréquence des départs : pour garder leur statut de « gdv », ils doivent
bouger ! Leur carnet de circulation tient souvent lieu de papiers
d'identité. Et ce carnet, ils vont le chercher au service... des
étrangers, dans les préfectures, alors qu'ils sont français et que leur
attachement au pays est aussi fort que celui d'un Normand. Ce qui
n'empêche pas les Roms de se reconnaître aussi dans l'identité romani,
et d'avoir plaisir à rencontrer d'autres Roms d'un bout à l'autre de
l'Europe.
Mendicité
C'est une question délicate, pleine de malentendus.
D'abord, les faits : partout où on n'a pas mis de bâtons dans les roues
des Roms, ces derniers ont prospéré. Ainsi, les deux tiers des Roms
européens sont très bien intégrés : on trouve parmi eux des PDG, des
artistes de renom ainsi que des profs et des commerçants. La misère
d'une partie d'entre eux n'est donc ni une malédiction, ni une
prédestination, ni une incapacité. Observons ensuite les chiffres : il y
a aujourd'hui, en France, environ 8 000 Roms de Roumanie et 1 000
autres de Bulgarie. On estime dans le même temps à 100 000 le nombre de
ressortissants roumains et bulgares (non-Roms) dans notre pays. Ces
derniers bossent au noir puisque leur droit au travail légal est soumis à
de sérieuses restrictions jusqu'en 2014, mais ils ne font l'objet
d'aucune mesure particulière des gouvernements.
Pour les Roms qui viennent en France, la situation
est donc doublement bloquée : en Roumanie, les efforts, incontestables,
du gouvernement pour combattre la discrimination tardent à faire sentir
leurs effets sur le terrain. La corruption, les magouilles
politiciennes, une gestion catastrophique des aides et le racisme
ordinaire empêchent que la situation des Roms s'améliore durablement.
Second blocage, cette fois en France : les immigrés roumains n'ont pas
plus envie de partager leur job avec les Roms ici qu'en Roumanie. Ils
exercent une espèce de blocus, en privilégiant leurs réseaux familiaux
et amicaux. Ajoutons enfin que la grande majorité des Roms des pays de
l'Est qui arrivent en France sont des évangélistes qui se refusent
absolument à la délinquance (même s'il existe, comme partout, des
exceptions). Bloqués, en Roumanie comme en France, pour trouver du
travail, « interdits » de vol, que leur reste-t-il ? La mendicité. Mais
rien, dans leur culture, n'a jamais dit que celle-ci était une «
profession » honorable.
Scolarisation
Une des motivations essentielles des Roms roumains
qui viennent en France, Italie et Espagne, est la scolarisation des
enfants : le roumain étant proche des langues de ces pays, ils pensent
que leurs enfants s'y intégreront mieux qu'en Suède ou en Allemagne,
pourtant plus riches. Mais l'espoir de scolarisation est vite déçu,
certaines écoles refusant d'accueillir les enfants bien que la loi les y
oblige. Après une ou deux tentatives, de guerre lasse, les parents
abandonnent. En ce qui concerne les gens du voyage, on peut concevoir
que lorsqu'un convoi arrive dans un quartier, avec une ­dizaine
d'enfants à scolariser, la situation n'est pas facile à gérer pour
l'instituteur, la classe et, évidemment, les enfants voyageurs.
Pas la moindre mention de la communauté rom
n'apparaît dans les ouvrages scolaires.

Pourtant, si l'école française était préparée au
fait que, de temps en temps, des enfants vont se joindre à la classe,
parce que leurs parents ont un mode de vie différent mais légitime, les
choses seraient beaucoup plus aisées. Si l'on intégrait enfin dans les
manuels de géographie qu'il existe un type d'habitat mobile en France,
si l'on consacrait ne serait-ce qu'une demi-page à cette vaste
communauté rom dans les livres d'histoire, le regard des enfants et des
instituteurs changerait. Or pas la moindre mention de cette communauté
n'apparaît dans ces ouvrages. On ne la trouve pas plus, d'ailleurs, dans
la plupart des his­toires de France ou du monde. Les Roms sont des
fantômes : comment voulez-vous que le citoyen français soit préparé à
les accepter quand ils surgissent dans son paysage ?
Les déclarations de Nicolas Sarkozy
La communauté des Roms, mais aussi les gens du
voyage, les ont reçues sans surprise mais avec inquiétude. On peut se
demander si Nicolas Sarkozy a intégré les valeurs de la République qu'il
préside : faut-il lui rappeler que, dans ce pays, les châtiments
collectifs (car une campagne massive, déclenchée brutalement après un
incident, n'a pas d'autre nom) ne relèvent pas d'une vision
constitutionnelle du droit ? Comparez l'ampleur des mesures prises, au
lendemain des événements de Saint-Aignan, contre des milliers de
personnes vulnérables, avec celles décidées au même moment à Grenoble,
où les troubles étaient bien plus graves (2) : on constate qu'il y a
deux poids, deux mesures. Et c'est la définition même de la
discrimination.
La mobilisation des Français pour la défense de la
communauté rom a été forte et belle. Mais va-t-elle durer ? Quand Michel
Rocard cite Vichy, certains trouvent qu'il va trop loin. N'empêche,
aujourd'hui comme hier, un gouvernement dépassé par la crise économique
cherche son bouc émissaire, et une diversion. N'ou­blions pas que, sous
Vichy, ce sont les gendarmes français qui ont enfermé les « nomades »
sous divers prétextes sécuritaires, notamment celui d'« espionnage » ;
que plusieurs centaines, sans doute même des milliers, de Roms sont
morts dans les camps en France, et que près de 600 000 ont été massacrés
en Europe. Si les gens acceptent la stigmatisation tentée par Nicolas
Sarkozy, les choses peuvent dégénérer. Pour le moment, ce n'est pas le
cas. Mais comme disait Brecht, « le ventre est encore fécond, d'où est surgie la bête immonde ». Mieux vaut combattre celle-ci dans l'œuf.



.


Propos recueillis par Olivier Pascal-Moussellard



Télérama n° 3163




(1) Ou Rroms, selon la graphie savante dérivée du cyrillique.
(2) En juillet, la mort d'un jeune homme tué par des gendarmes à un
barrage avait provoqué la colère de la communauté gitane, et s'était
soldée par des dégâts matériels. A Grenoble, dans le quartier de la
Villeneuve, plusieurs nuits d'émeute ont suivi la mort d'un braqueur de
casino tué par la police en juillet, et des menaces de mort avaient été
adressées aux policiers.
A lire
“Samudaripen, le génocide des Tsiganes”, de Claire Auzias, éd. L'Esprit frappeur, 204 p., 5 EUR.
“Sagesse et humour du peuple rrom” (proverbes bilingues), de Marcel Courthiade, éd. L'Harmattan, 208 p., 19,50 EUR.
“Les Rroms”, de Morgan Garo, éd. Syllepse, 234 p., 21 EUR.
“Paroles perdues” (poésie), d'Alexandre Romanès, éd. Gallimard, 104 p., 10 EUR.
“Sur l'épaule de l'ange” (poésie), d'Alexandre Romanès, éd. Gallimard, 88 p., 10 EUR.
Blog : http://lesrroms.blogg.org/
A noter
14 septembre, manifestation du Mrap à l'occasion du 140e anniversaire de la République, à Paris. Renseignements : www.mrap.fr


Glossaire
Les Tsiganes regroupent trois grands ensembles historiquement différenciés en Europe : les Roms, d'Europe centrale, les Sintis ou Manouches, de France, d'Italie, du Benelux et d'Allemagne, et les Gitans, du midi de la France, d'Espagne et du Portugal.
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Roms, uniques objets de mon ressentiment…
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