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 Un village autogéré depuis.. 30 ans !

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Raphaël
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Masculin Nombre de messages : 3257
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Ville : Grenoble et Bons en Chablais (74)
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MessageSujet: Un village autogéré depuis.. 30 ans !   Mar 20 Avr - 10:00

19 avril 2010


Marinaleda : un modèle d’auto-gestion
unique en Europe







Andrea DUFFOUR



Depuis
l’alerte google Alternatives au capitalisme j’ai
récemment découvert l’existence de MARINALEDA, une commune de 2645
habitants en Andalousie « où Marx vivrait s’il était
encore en vie, avec zéro chômage, zéro policier et des habitations à 15
euros par mois
» (1). Une alternative au capitalisme réalisée à
moins de 2000 km de chez nous et qui fonctionne depuis plus de 30 ans
sans que je n’en aie jamais entendu parler ? A la première occasion,
c’est donc sac à dos, train, bus et autostop que j’irai pour vérifier si
cette belle utopie existe vraiment…


Comme c’est Pâques, je tombe en pleine Semana
Santa
. Au village voisin on m’avertit : « Leur
maire est un fou, quand nous autres, Espagnols, faisons des processions
religieuses, eux ils font la fête pendant 5 jours
»


J’apprends que la fête de la paix qui tombe durant la
Semaine Sainte y est effectivement une tradition depuis plusieurs années
et beaucoup de jeunes de Sevilla, Granada ou Madrid ont rejoint les
villageois. Des lectures, des films ou une conférence, en solidarité
avec la Palestine, ainsi qu un appel au boycott des produits israéliens
ouvrent les soirées de concerts et de fête. Pour les nuits, l’immense
complexe poly-sportif reste ouvert pour loger les visiteurs de
l’extérieur. Une première auberge est en construction.


En tant que membre de l’association de solidarité
Suisse-Cuba, je m’étais déplacée pour voir s’il existait effectivement
une expérience socialiste un peu similaire à la révolution cubaine ici
en Europe et j’en ai eu pour mon compte.


Le droit à la terre et au travail


A Marinaleda aussi, il a fallu d’abord passer par une
réforme agraire. « La lutte révolutionnaire du peuple
cubain a été une lumière pour tous les peuples du monde et nous avons
une grande admiration pour ses acquis
», m’explique Juan Manuel
Sanchez Gordillo, maire communiste, réélu depuis 31 ans. Il était le
plus jeune édile d’Espagne en 1979. En 1986, après 12 ans de luttes et
d’occupations où les femmes ont joué le rôle principal, ce village a
réussi à obtenir 1200 ha de terre d’un grand latifundiaire, terre qui a
aussitôt été redistribuée et transformée en coopérative agricole de
laquelle vit aujourd’hui presque tout le village. « La
terre n’appartient à personne, la terre ne s’achète pas, la terre
appartient à tous !
».


A la ferme de la coopérative, EL HUMOSO, les associés
travaillent 6.5h par jour, du lundi au samedi, ce qui donne des
semaines de 39 h. Tout le monde a le même salaire, indépendant de la
fonction. 400 personnes du village les rejoignent pendant les mois de
novembre à janvier (olives), et 500 en avril (habas,
haricots de Lima).


La récolte (huile d’olive extra vierge, artichauts,
poivrons, etc.,) est mise artisanalement en boite ou en bocal dans la
petite fabrique HUMAR MARINALEDA au milieu du village où travaillent
env. 60 femmes et 4-5 hommes en bavardant dans une ambiance
décontractée. Le tout est vendu principalement en Espagne. Une partie de
l’huile d’olive part pour l’Italie qui change l’étiquette et la revend
sous un autre nom. « Nous avons la meilleure qualité,
mais malheureusement, c’est eux qui ont les canaux pour la
commercialisation
» m’explique un travailleur de la ferme. Avis
donc aux magasins alternatifs de chez nous pour leur proposer un marché
direct…


Les bénéfices de la coopérative ne sont pas distribués,
mais réinvestis pour créer du travail. Ça a l’air si simple, mais c’est
pour cela que le village est connu pour ne pas souffrir du chômage. En
discutant avec la population, j’ai pourtant appris qu’à certaines
époques de l’année, il n’y a pas assez de travail dans l’agriculture
pour tous, mais que les salaires sont tout de même versés. Comme à Cuba,
l’habitation, le travail, la culture, l’éducation et la santé sont
considérées comme un droit. Une place à la crèche avec tous les repas
compris coûte 12 euros par mois. A nouveau, ça rappelle Cuba où
l’éducation est gratuite, depuis la crèche jusqu’à l’université.


Les maisons auto-construites


Plus de 350 maisons ont déjà été construites par les
habitants eux-mêmes. Il n’y a pas de discrimination et l’unique
condition pour une attribution est de ne pas déjà disposer d’un
logement. La municipalité met à disposition gratuitement la terre et
les conseils d’un architecte, Sevilla fait un prêt des matériaux. Les
maisons ont 90m2, deux salles d’eau et une cour individuelle de 100m2 où
on peut planter ses légumes, faire ses barbecues, mettre son garage ou
agrandir en cas de besoin. Comme dans certaines régions à Cuba, un
groupe de futurs voisins construisent ensemble pendant une année une
rangée de maisons mitoyennes sans savoir encore laquelle sera la leur.
Une fois le logement attribué, les finitions, l’emplacement des portes,
les ouvertures peuvent être individualisées par chaque famille. Le loyer
se décide en réunion du collectif. Il a été arrêté fixé à moins de 16
euros par mois. Les constructeurs deviennent ainsi propriétaires de leur
maison, mais elle ne pourra jamais être revendue. (En dehors de
l’auto-construction, j’ai rencontré une famille qui loue à 24 euros par
mois ainsi que la seule ouvrière de la fabrique Humar Marinaleda qui
vient de l’extérieur et qui paye, elle, 300 euros pour son logement. Les
personnes qui souhaitent vivre à Marinaleda doivent y passer deux ans
d’accoutumance avant une décision définitive).


Le coiffeur, qui fait plutôt partie de la minorité de
l’opposition, est propriétaire de sa maison et se plaint de devoir
travailler quand même. A ma question, pourquoi il ne vend pas sa maison à
une des nombreuses familles espagnoles qui aimeraient venir rejoindre
ce village, il dit qu’il y a tout de même aussi des avantages de
rester ici. (L’opposition serait financée par le PSOE, Partido
socialisto obrero espagnol
, selon certaines sources).

MARINALEDA -
http://www.npa2009.org


Ce samedi de Pâques, les intéressé-e-s sont invités à la
mairie pour une petite conférence. Le maire nous explique son point de
vue sur différents points avant de répondre à nos questions. En voici
quelques extraits ou résumés :


S’organiser


« Il faut lutter unis. Au niveau
international, nous sommes connectés avec Via campesina, puis nous nous
sommes organisés syndicalement et politiquement
», nous communique
le maire. Esperanza, 30 ans, éducatrice de profession, conseillère
sociale bénévole de la municipalité, m’avait déjà expliqué ceci la
veille au « syndicat », bar et lieu de rencontres municipal : « Ici, nous avons fait les changements depuis le bas, avec le
SAT, syndicat de travailleurs d’Andalousie, anciennement SOC, syndicat
fondé en 76, juste après Franco, et avec la CUT, collectif unitaire de
travailleurs, parti anticapitaliste
».


Pas de gendarme


« Nous n’avons pas de gendarmes ici - ça
serait un gaspillage inutile
» Les gens n’ont pas envie de
vandaliser leur propre village. « Nous n’avons pas de
curé non plus –gracias à Dios !
» plaisante le maire. La liberté de
pratiquer sa religion est pourtant garantie et une petite procession
religieuse timide défile discrètement, sans spectateurs, dans le village
en évitant la place de fête.


Le capitalisme


« La crise ? Le système capitaliste a
toujours été un échec, la crise ne date pas d’aujourd’hui. L’avantage de
la crise : le mythe du marché est tombé (...) Les réalités sont
toujours les mêmes : quelque 2% détiennent 50% de la terre (…). Ceux qui
veulent réformer le capitalisme veulent tout changer pour que rien ne
change ! Dans le capitalisme, on a des syndicats de régime et non pas
des syndicats de classe, il y a beaucoup d’instruments d’aliénation, pas
de liberté d’expression, seulement la liberté d’acquisition (...) A
Marinaleda, nous serons les premiers quand il s’agit de lutter et les
derniers à l’heure des bénéfices.
»


Démocratie


« Nous pratiquons une démocratie
participative, on décide de tout, des impôts aux dépenses publiques,
dans des grandes assemblées. Beaucoup de têtes donnent beaucoup d’idées.
Nos gens savent aussi qu’on peut travailler pour d’autres valeurs
qu’uniquement pour de l’argent. Quand nous avons besoin ou envie, nous
organisons un dimanche rouge : par exemple certainement dimanche après
cette fête, il y aura assez de jeunes volontaires qui viendront nettoyer
la place ou préparer un petit déjeuner pour les enfants et tout ceci
pour le plaisir d’être ensemble et d’avoir un village propre (…). La
démocratie doit être économique et sociale, pas seulement politique.
Quant à la démocratie politique, la majorité 50%+1 ne sert à rien. Pour
une vraie démocratie, il faut au moins 80-90% d’adhérents à une idée.
D’ailleurs, toutes nos charges politiques sont tous sans rémunération
».


Luttes futures et amendes…


Le maire appelle à participer à la grève générale
annoncée par le SA pour ce 14 avril, en solidarité avec les sans terres
en Andalousie qui ne bénéficient pas encore de leur droit à la terre et
aussi pour nos revendications à nous. Il préconise aussi la nécessité
de nationaliser les banques, l’énergie, les transports, etc. Nous devons
20-30 millions de pesetas d’amendes pour nos luttes différentes…


La culture, les fêtes


« Nous faisons beaucoup de fêtes avec
des repas communs gratuits, et il y a toujours assez de volontaires pour
organiser tout cela. La joie et la fête doivent être un droit,
gratuites et pour tous. Ce n’est pas la mayonnaise des médias qui vont
nous dicter ce qui doit nous plaire, nous avons une culture à nous.
»


Expérience sociale unique en Europe


Avec un sol qui n’est plus une marchandise, mais devenu
un droit pour celui qui veut le cultiver ou l’habiter, une habitation
pour 15 euros par mois, du sport ou la culture gratuits ou presque
(piscine municipale 3 euros pour la saison), un sens communautaire de
bien-être, je pense pouvoir dire que Marinaleda est une expérience
unique en Europe.
Chaque samedi d’ailleurs, le maire répond également aux questions des
villageois présent-e-s à la maison communale sur la chaîne de la TV
locale. Cela nous rappelle l’émission « Alô présidente »
de Hugo Chavez, un autre leader pour lequel Gordillo a exprimé son
admiration.


La désinformation


Apaga la TV, enciende tu mente -
Eteins la TV, allume ton cerveau, ce premier mural m’avait frappé, il se
trouve jusqu’en face de la TV locale… A ma question en lien avec la
désinformation, Juan Miguel Sanchez Gordillo me fait part de son plan
d’écrire un livre sur « Los prensatenientes » – la
demi-douzaine de transnationales qui possèdent les médias dans le monde.
« Pendant que la gauche écrit des pamphlets que
personne ne lit, la droite économique, la grande bourgeoisie, installe
chez toi plein de canaux de télévision racontant tous les mêmes valeurs
et propageant la même propagande mensongère. (…) Au niveau de
l’information, l’éducation est très importante
» et, en ce qui
concerne le programme national de l’éducation, cela ne lui convient pas.
Jean Manuel Sanchez Gordillo me confie donc qu’il compte venir bientôt
en Suisse pour étudier notre système d’éducation qui est organisé au
niveau cantonal... Probablement il pense que nous sommes une vraie
démocratie avec des programmes scolaires indépendants du pouvoir…


Des expériences alternatives au
capitalisme qui font peur



Par rapport aux médias, la question que je me pose à
nouveau est la suivante : Pourquoi l’expérience de Marinaleda est si mal
connue en Espagne ainsi qu’auprès de nos édiles ? Pourquoi Cuba, cas
d’école au niveau mondial en ce qui concerne la désinformation, mérite
un budget annuel de 83 millions de dollars de la part des Etats-Unis,
consacrés uniquement au financement de la désinformation et des
agressions contre ce petit pays ?


Y aurait-il des alternatives au capitalisme qui
fonctionnent depuis longtemps et qui font si peur à certains ?


Andrea Duffour
Association Suisse-Cuba
http://www.cuba-si.ch


Pour plus d’information : http://www.marinaleda.com


(1) Nouveau Parti Anticapitaliste, http://www.npa2009.org,
article du 10.1.2010




URL de cet article
http://www.legrandsoir.info/Marinaleda-un-modele-d-auto-gestion-unique-en-Europe.html




19 avril 2010


Marinaleda : un modèle d’auto-gestion
unique en Europe







Andrea DUFFOUR



Depuis
l’alerte google Alternatives au capitalisme j’ai
récemment découvert l’existence de MARINALEDA, une commune de 2645
habitants en Andalousie « où Marx vivrait s’il était
encore en vie, avec zéro chômage, zéro policier et des habitations à 15
euros par mois
» (1). Une alternative au capitalisme réalisée à
moins de 2000 km de chez nous et qui fonctionne depuis plus de 30 ans
sans que je n’en aie jamais entendu parler ? A la première occasion,
c’est donc sac à dos, train, bus et autostop que j’irai pour vérifier si
cette belle utopie existe vraiment…


Comme c’est Pâques, je tombe en pleine Semana
Santa
. Au village voisin on m’avertit : « Leur
maire est un fou, quand nous autres, Espagnols, faisons des processions
religieuses, eux ils font la fête pendant 5 jours
»


J’apprends que la fête de la paix qui tombe durant la
Semaine Sainte y est effectivement une tradition depuis plusieurs années
et beaucoup de jeunes de Sevilla, Granada ou Madrid ont rejoint les
villageois. Des lectures, des films ou une conférence, en solidarité
avec la Palestine, ainsi qu un appel au boycott des produits israéliens
ouvrent les soirées de concerts et de fête. Pour les nuits, l’immense
complexe poly-sportif reste ouvert pour loger les visiteurs de
l’extérieur. Une première auberge est en construction.


En tant que membre de l’association de solidarité
Suisse-Cuba, je m’étais déplacée pour voir s’il existait effectivement
une expérience socialiste un peu similaire à la révolution cubaine ici
en Europe et j’en ai eu pour mon compte.


Le droit à la terre et au travail


A Marinaleda aussi, il a fallu d’abord passer par une
réforme agraire. « La lutte révolutionnaire du peuple
cubain a été une lumière pour tous les peuples du monde et nous avons
une grande admiration pour ses acquis
», m’explique Juan Manuel
Sanchez Gordillo, maire communiste, réélu depuis 31 ans. Il était le
plus jeune édile d’Espagne en 1979. En 1986, après 12 ans de luttes et
d’occupations où les femmes ont joué le rôle principal, ce village a
réussi à obtenir 1200 ha de terre d’un grand latifundiaire, terre qui a
aussitôt été redistribuée et transformée en coopérative agricole de
laquelle vit aujourd’hui presque tout le village. « La
terre n’appartient à personne, la terre ne s’achète pas, la terre
appartient à tous !
».


A la ferme de la coopérative, EL HUMOSO, les associés
travaillent 6.5h par jour, du lundi au samedi, ce qui donne des
semaines de 39 h. Tout le monde a le même salaire, indépendant de la
fonction. 400 personnes du village les rejoignent pendant les mois de
novembre à janvier (olives), et 500 en avril (habas,
haricots de Lima).


La récolte (huile d’olive extra vierge, artichauts,
poivrons, etc.,) est mise artisanalement en boite ou en bocal dans la
petite fabrique HUMAR MARINALEDA au milieu du village où travaillent
env. 60 femmes et 4-5 hommes en bavardant dans une ambiance
décontractée. Le tout est vendu principalement en Espagne. Une partie de
l’huile d’olive part pour l’Italie qui change l’étiquette et la revend
sous un autre nom. « Nous avons la meilleure qualité,
mais malheureusement, c’est eux qui ont les canaux pour la
commercialisation
» m’explique un travailleur de la ferme. Avis
donc aux magasins alternatifs de chez nous pour leur proposer un marché
direct…


Les bénéfices de la coopérative ne sont pas distribués,
mais réinvestis pour créer du travail. Ça a l’air si simple, mais c’est
pour cela que le village est connu pour ne pas souffrir du chômage. En
discutant avec la population, j’ai pourtant appris qu’à certaines
époques de l’année, il n’y a pas assez de travail dans l’agriculture
pour tous, mais que les salaires sont tout de même versés. Comme à Cuba,
l’habitation, le travail, la culture, l’éducation et la santé sont
considérées comme un droit. Une place à la crèche avec tous les repas
compris coûte 12 euros par mois. A nouveau, ça rappelle Cuba où
l’éducation est gratuite, depuis la crèche jusqu’à l’université.


Les maisons auto-construites


Plus de 350 maisons ont déjà été construites par les
habitants eux-mêmes. Il n’y a pas de discrimination et l’unique
condition pour une attribution est de ne pas déjà disposer d’un
logement. La municipalité met à disposition gratuitement la terre et
les conseils d’un architecte, Sevilla fait un prêt des matériaux. Les
maisons ont 90m2, deux salles d’eau et une cour individuelle de 100m2 où
on peut planter ses légumes, faire ses barbecues, mettre son garage ou
agrandir en cas de besoin. Comme dans certaines régions à Cuba, un
groupe de futurs voisins construisent ensemble pendant une année une
rangée de maisons mitoyennes sans savoir encore laquelle sera la leur.
Une fois le logement attribué, les finitions, l’emplacement des portes,
les ouvertures peuvent être individualisées par chaque famille. Le loyer
se décide en réunion du collectif. Il a été arrêté fixé à moins de 16
euros par mois. Les constructeurs deviennent ainsi propriétaires de leur
maison, mais elle ne pourra jamais être revendue. (En dehors de
l’auto-construction, j’ai rencontré une famille qui loue à 24 euros par
mois ainsi que la seule ouvrière de la fabrique Humar Marinaleda qui
vient de l’extérieur et qui paye, elle, 300 euros pour son logement. Les
personnes qui souhaitent vivre à Marinaleda doivent y passer deux ans
d’accoutumance avant une décision définitive).


Le coiffeur, qui fait plutôt partie de la minorité de
l’opposition, est propriétaire de sa maison et se plaint de devoir
travailler quand même. A ma question, pourquoi il ne vend pas sa maison à
une des nombreuses familles espagnoles qui aimeraient venir rejoindre
ce village, il dit qu’il y a tout de même aussi des avantages de
rester ici. (L’opposition serait financée par le PSOE, Partido
socialisto obrero espagnol
, selon certaines sources).

MARINALEDA -
http://www.npa2009.org


Ce samedi de Pâques, les intéressé-e-s sont invités à la
mairie pour une petite conférence. Le maire nous explique son point de
vue sur différents points avant de répondre à nos questions. En voici
quelques extraits ou résumés :


S’organiser


« Il faut lutter unis. Au niveau
international, nous sommes connectés avec Via campesina, puis nous nous
sommes organisés syndicalement et politiquement
», nous communique
le maire. Esperanza, 30 ans, éducatrice de profession, conseillère
sociale bénévole de la municipalité, m’avait déjà expliqué ceci la
veille au « syndicat », bar et lieu de rencontres municipal : « Ici, nous avons fait les changements depuis le bas, avec le
SAT, syndicat de travailleurs d’Andalousie, anciennement SOC, syndicat
fondé en 76, juste après Franco, et avec la CUT, collectif unitaire de
travailleurs, parti anticapitaliste
».


Pas de gendarme


« Nous n’avons pas de gendarmes ici - ça
serait un gaspillage inutile
» Les gens n’ont pas envie de
vandaliser leur propre village. « Nous n’avons pas de
curé non plus –gracias à Dios !
» plaisante le maire. La liberté de
pratiquer sa religion est pourtant garantie et une petite procession
religieuse timide défile discrètement, sans spectateurs, dans le village
en évitant la place de fête.


Le capitalisme


« La crise ? Le système capitaliste a
toujours été un échec, la crise ne date pas d’aujourd’hui. L’avantage de
la crise : le mythe du marché est tombé (...) Les réalités sont
toujours les mêmes : quelque 2% détiennent 50% de la terre (…). Ceux qui
veulent réformer le capitalisme veulent tout changer pour que rien ne
change ! Dans le capitalisme, on a des syndicats de régime et non pas
des syndicats de classe, il y a beaucoup d’instruments d’aliénation, pas
de liberté d’expression, seulement la liberté d’acquisition (...) A
Marinaleda, nous serons les premiers quand il s’agit de lutter et les
derniers à l’heure des bénéfices.
»


Démocratie


« Nous pratiquons une démocratie
participative, on décide de tout, des impôts aux dépenses publiques,
dans des grandes assemblées. Beaucoup de têtes donnent beaucoup d’idées.
Nos gens savent aussi qu’on peut travailler pour d’autres valeurs
qu’uniquement pour de l’argent. Quand nous avons besoin ou envie, nous
organisons un dimanche rouge : par exemple certainement dimanche après
cette fête, il y aura assez de jeunes volontaires qui viendront nettoyer
la place ou préparer un petit déjeuner pour les enfants et tout ceci
pour le plaisir d’être ensemble et d’avoir un village propre (…). La
démocratie doit être économique et sociale, pas seulement politique.
Quant à la démocratie politique, la majorité 50%+1 ne sert à rien. Pour
une vraie démocratie, il faut au moins 80-90% d’adhérents à une idée.
D’ailleurs, toutes nos charges politiques sont tous sans rémunération
».


Luttes futures et amendes…


Le maire appelle à participer à la grève générale
annoncée par le SA pour ce 14 avril, en solidarité avec les sans terres
en Andalousie qui ne bénéficient pas encore de leur droit à la terre et
aussi pour nos revendications à nous. Il préconise aussi la nécessité
de nationaliser les banques, l’énergie, les transports, etc. Nous devons
20-30 millions de pesetas d’amendes pour nos luttes différentes…


La culture, les fêtes


« Nous faisons beaucoup de fêtes avec
des repas communs gratuits, et il y a toujours assez de volontaires pour
organiser tout cela. La joie et la fête doivent être un droit,
gratuites et pour tous. Ce n’est pas la mayonnaise des médias qui vont
nous dicter ce qui doit nous plaire, nous avons une culture à nous.
»


Expérience sociale unique en Europe


Avec un sol qui n’est plus une marchandise, mais devenu
un droit pour celui qui veut le cultiver ou l’habiter, une habitation
pour 15 euros par mois, du sport ou la culture gratuits ou presque
(piscine municipale 3 euros pour la saison), un sens communautaire de
bien-être, je pense pouvoir dire que Marinaleda est une expérience
unique en Europe.
Chaque samedi d’ailleurs, le maire répond également aux questions des
villageois présent-e-s à la maison communale sur la chaîne de la TV
locale. Cela nous rappelle l’émission « Alô présidente »
de Hugo Chavez, un autre leader pour lequel Gordillo a exprimé son
admiration.


La désinformation


Apaga la TV, enciende tu mente -
Eteins la TV, allume ton cerveau, ce premier mural m’avait frappé, il se
trouve jusqu’en face de la TV locale… A ma question en lien avec la
désinformation, Juan Miguel Sanchez Gordillo me fait part de son plan
d’écrire un livre sur « Los prensatenientes » – la
demi-douzaine de transnationales qui possèdent les médias dans le monde.
« Pendant que la gauche écrit des pamphlets que
personne ne lit, la droite économique, la grande bourgeoisie, installe
chez toi plein de canaux de télévision racontant tous les mêmes valeurs
et propageant la même propagande mensongère. (…) Au niveau de
l’information, l’éducation est très importante
» et, en ce qui
concerne le programme national de l’éducation, cela ne lui convient pas.
Jean Manuel Sanchez Gordillo me confie donc qu’il compte venir bientôt
en Suisse pour étudier notre système d’éducation qui est organisé au
niveau cantonal... Probablement il pense que nous sommes une vraie
démocratie avec des programmes scolaires indépendants du pouvoir…


Des expériences alternatives au
capitalisme qui font peur



Par rapport aux médias, la question que je me pose à
nouveau est la suivante : Pourquoi l’expérience de Marinaleda est si mal
connue en Espagne ainsi qu’auprès de nos édiles ? Pourquoi Cuba, cas
d’école au niveau mondial en ce qui concerne la désinformation, mérite
un budget annuel de 83 millions de dollars de la part des Etats-Unis,
consacrés uniquement au financement de la désinformation et des
agressions contre ce petit pays ?


Y aurait-il des alternatives au capitalisme qui
fonctionnent depuis longtemps et qui font si peur à certains ?


Andrea Duffour
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http://www.cuba-si.ch


Pour plus d’information : http://www.marinaleda.com


(1) Nouveau Parti Anticapitaliste, http://www.npa2009.org,
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MessageSujet: Re: Un village autogéré depuis.. 30 ans !   Mar 20 Avr - 16:03

Putain, c'est beau !!
Mais attention je n'ai aucune admiration pour les Chavez et autres Castro, je pense que cette utopie est viable car elle est à l'échelle d'un village, voire d'une ville, à l'échelle d'un pays on vire vite dans le stalinisme/maoïsme...
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Raphaël
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MessageSujet: Re: Un village autogéré depuis.. 30 ans !   Mar 20 Avr - 20:53

ah c'est sur ! cet exemple nous montre juste que beaucoup de choses sont possible ! Mais ce n'est pas quelque chose que l'on pourrait reproduire au détail prêt !
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MessageSujet: Re: Un village autogéré depuis.. 30 ans !   Sam 24 Avr - 12:04

une excursion, là bas , ça peut vraiment être sympas ... pour enfin voir se que ça donne en vrai !!
mais bizarre qu'on en parle si peu ... merci
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MessageSujet: Re: Un village autogéré depuis.. 30 ans !   Aujourd'hui à 4:54

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Un village autogéré depuis.. 30 ans !
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